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Le samedi 7 mars 2020, j’ai eu le plaisir de rencontrer Lura lors de son concert à l’Atrium en Martinique par le biais de la radio Mouv.fm, une radio alternative basée à Fort-de-France. C’est une belle collaboration qui s’annonce! Et grâce à eux, j’ai fait connaissance avec une femme passionnée et passionnante, qui a pris le temps de nous chanter le titre : « Fanm Matinik Dou » de Francisco en créole martiniquais, qui a introduit le son de la conque de lambis dans un de ses titres en plein milieu de son concert. C’est une show-woman, elle prend le temps d’interagir avec son public, de l’inclure dans son spectacle. Afrique, Cap-Vert en passant par la Martinique, on est venu pour voyager musicalement. Elle se livre entière, elle fait des blagues, on est entre amis, on s’était perdu de vue, on fait connaissance. Tellement…Qu’on n’a pas envie de lui dire au revoir, on en veut encore! Et sous une standing ovation, elle revient et se donne encore pour deux chansons. Tout ça, c’est Lura et franchement ça vaut le détour!

Lura en question
J’ai pu interviewer Lura dans le cadre somptueux du Simon Hôtel, un hôtel 4 étoiles situé en plein cœur de la ville de Fort-de-France.

Vous vous appelez Maria de Lurdes Pina Assunção, pourquoi avoir choisi Lura comme nom de scène ?
« Lura c’est l’abréviation de Lurdes et de Assunção, c’est mon surnom, mon nom d’artiste. C’est une façon de protéger ma vie privée. Lura c’est l’artiste et Maria de Lurdes c’est autre chose. »

Comment êtes-vous passée de sports études à un album zouk en collaboration avec Juka?
« Juka c’est celui qui a découvert ma voix…J’étais encore à l’université, j’avais choisi la spécialisation danse. Pour choisir cette option, il fallait impérativement savoir faire de la danse classique et je ne savais pas. Je connaissais déjà Juka et je l’ai appelé pour qu’il me conseille. A ce moment-là, il donnait des cours de danse, il faisait des répétitions à côté de chez moi. Je participais à ses cours de danse et puis un jour il m’a dit : « ok, Lura tu veux danser mais je vais bientôt enregistré mon premier album, ça te dirait d’enregistrer un duo avec moi? » Il n’avait jamais entendu ma voix et moi-même je n’était pas consciente que je pouvais chanter. C’est la première fois que quelqu’un me parlait de chanter…alors j’ai dit non! Je n’avais jamais chanté de ma vie. Finalement, on a fait une expérience en studio, un duo qui s’est révélé être un succès. On a voyagé dans tous les pays africains où on parle portugais comme l’Angola, le Mozambique…C’est là que tout a commencé!«

Pourquoi ne chantez-vous qu’en créole?
« J’ai commencé à parler le créole tard, je suis née à Lisbonne, je parlais toujours en portugais. Chanter en créole c’est rendre hommage à mes origines, mes racines cap-verdiennes. »

Quelle a été l’influence de Césaria Evora sur votre carrière?
« Elle m’a donné la fierté de chanter ma terre, mes origines dans le monde. J’ai fait 3 concerts au Portugal avec Césaria Evora, j’ai eu l’opportunité de chanter avec elle alors qu’elle était au top de sa carrière, elle jouait dans les meilleures salles du Portugal. J’ai pu faire sa première partie. Elle était notre diva. Après, on a fait un duo. Les derniers concerts de sa vie, on les a fait ensemble. C’était une chance incroyable, elle est une référence pour tous les cap-verdiens. »

D’où vous vient votre inspiration?
« Le quotidien, la vie, l’amour…Toutes les choses de la vie! Je me concentre toujours sur le positif, je vois toujours le bon côté dans une situation. J’aime chanter le positif, la joie. La vie est déjà triste alors on va pas pleurer tout le temps! »

Comment avez-vous vécu vos premiers succès? Étiez-vous bien entourée?
« C’était des nouvelles sensations, des nouvelles expériences tout le temps. Pour ma famille, ça a été une vraie surprise. J’ai commencé à sortir le soir, à rentrer tard! Je rentrais à 4h pour aller en cours à 8h. C’était nouveau pour eux. Petit à petit, j’ai commencé à connaître des gens, à connaître le métier. J’ai reçu une bonne éducation, nous avions de bonnes valeurs à la maison. Je ressens tout de suite les mauvaises vibrations et je préfère couper court quand je ne le sens pas. Je n’ai pas peur de dire non quand je sens que ce n’est pas pour moi. »

De toute votre discographie, quel est l’album qui vous a le plus touché ?
« Si les chansons ne me touchent pas, je n’enregistre pas! Avec le temps, mes albums sont de plus en plus matures. Mon grand succès mondial c’était l’album « Di Korpu Ku Alma« , après j’ai continué dans le même style mais toujours plus profond, plus mature, toujours sur les racines, les histoires du Cap-Vert! Le dernier album : « Herança » (qui signifie « Héritage ») date de 2015, dans cet album je parle de mon héritage africain, de Gorée : l’île sénégalaise où les esclaves partaient pour aller au Cap-Vert. Là, ils ont trouvés les portugais, la colonisation et le métissage. Voilà comment est né le Cap-Vert. »
« J’ai beaucoup voyagé dans les pays africains comme le Sénégal, le Zimbabwé, le Congo et Côte d’Ivoire. L’Afrique c’est spécial, tu ressens que c’est l’origine de tout. Il faut y aller! »

Votre plus belle rencontre?
« Ma fille. Elle a 3 ans, je l’ai eu tard, à 41 ans. Elle est à Lisbonne en ce moment. (Elle me montre une photo de sa fille sur son portable). »

Pensez-vous changer de style musical un jour?
« Oui, je cherche tout le temps d’autres influences musicales. J’ai toujours envie d’évoluer, de rester moderne, actuelle. »

Avez-vous un prochain album en préparation?« Depuis 2015, je suis devenue maman. Beaucoup de choses se sont passées dans ma vie personnelle. Parfois c’est difficile de concilier ma vie privée et ma carrière. Ma fille est née au Cap-Vert et après on est partie vivre à Lisbonne. Mon premier album a été plus facile a enregistré, je n’avais aucune responsabilité, tout se faisait au feeling. Maintenant, je recherche le message, la musicalité, je veux un album réfléchi, c’est pour ça que ça prend du temps! C’est pour bientôt, je ne me suis fixée aucune date butoir, c’est beaucoup trop stressant, je ne veux pas forcer les choses. »

C-vryne22

Photos du concert à l’Atrium
© Crédit Photos : Frédéric Thaly

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